Accueil / Dossiers / Google Stadia, l'avenir du jeu vidéo ?

Google Stadia, l'avenir du jeu vidéo ? :

Google Stadia

Google a enfin détaillé son offre Stadia !

Google a enfin détaillé son offre Stadia avec l’annonce de ses tarifs, de ses zones de lancement, de ses fonctionnalités et de l’ensemble de son modèle économique.

Alors Google Stadia sera t-il le raz-de-marée annoncé du jeu vidéo ?

Google a donc révélé tous les détails de son service de jeu en streaming Stadia.

Un service annoncé en Mars dernier et qui promet du jeu en streaming pour tous. Si la mécanique de fonctionnement de l’ensemble était déjà connue, il manquait les informations techniques et financières du service.

Manette Google Stadia
Vendre un service dématérialisé est difficile, Stadia se concentre donc sur sa manette de jeu

Première nouvelle d’importance, Stadia concernera la France. Dès le mois de Novembre, il sera possible d’utiliser le service chez nous. Evidemment, il faudra disposer de la connexion suffisante pour pouvoir y prétendre.

Google Stadia promet du jeu au travers du web. On ouvre son navigateur et, comme on irait sur Youtube pour voir une vidéo, on ira sur Stadia pour lancer un jeu. La mécanique n’est pas nouvelle, le jeu en streaming commence à avoir de la bouteille.

Ce qui change ici la donne est à la fois l’emballage et la marque.

Google Stadia est piloté par l’une des entreprises ayant le plus de poids sur le web aujourd’hui. Avec la recherche en ligne surtout mais également avec ses services comme Gmail ou Youtube.

Si Google veut être présent sur ce secteur, c’est que la marque a déterminé que c’était le bon moment pour y être. D’un point de vue infrastructure comme d’un point de vue service. Google Stadia signe le début d’une bataille qui débutera donc en Novembre.

Point clé de cette offre, elle ratisse large. Et c’est la bonne méthode à employer pour lancer ce type de services. Google Stadia sera gratuit dans sa version de base et lancée en 2020.

On pourra s’abonner au service sans avoir à débourser un seul centime d’abonnement dans la version de base. Une version Pro sera payante et coûtera 9.99€ par mois et sera lancée en Novembre avec un petit catalogue de jeux gratuits et des réductions négociées par le service sur les tarifs des jeux.

La vraie différence entre ces versions ? Celle qui justifie ce changement de tarif ?

La basique est limitée en qualité à une définition en FullHD. La pro vous permettra d’atteindre une qualité UltraHD à 60 images par seconde.

Cette différence est importante car elle permet de toucher intelligemment des publics différents, et c’est primordial pour le développement de l’offre. Il va sans dire qu’avec un Google Stadia gratuit, une énorme population va s’inscrire au service.

Dès que les portes seront ouvertes en 2020, de nombreuses personnes, pas forcément de gros joueurs, vont s’abonner juste pour essayer.

Cela va permettre à Google de communiquer sur le public potentiel que son service peut toucher. Avec cette méthode, Google va pouvoir séduire les développeurs en alignant de gros chiffres.

X millions d’abonnés qui pourraient être séduits par un jeu. Une force de persuasion conséquente pour la marque qu’elle va pouvoir conjuguer avec ses autres services et notamment ceux proposés par ses interactions dans Youtube.

Manette Google Stadia

Cela permet également de séduire les petites connexions. Google estime qu’il faut un minimum de débit de 10 Mbps pour pouvoir jouer décemment à ses jeux même si le débit véritablement minimal est de 5 Mbps.

La gratuite d’accès va permettre aux internautes intéressés ne disposant que de ces 10 Mbps de tester le service et d’éventuellement acheter des jeux. Ils n’auraient probablement jamais tenté l’aventure avec ce débit si il avait été payant.

La formule gratuite permet ici de ne pas freiner l’adoption du service. Au contraire, elle attirera les curieux, les joueurs du dimanche et tous ceux qui ne sont pas assez accros pour s’offrir une véritable machine de jeu.

La version payante demandera évidemment des débits plus important, un accès à la fibre probablement avec jusqu’à 35 Mbps de débit pour profiter des services les plus complets.

Jeux en UltraHD à un rythme élevé, son en 5.1. Cela correspond à un profil cohérent d’utilisateurs exigeants. Ceux qui s’offrent la fibre d’une part mais également ceux qui disposent d’un écran UltraHD pour accepter ce contenu d’autre part.

Une fois inscrit au service, une fois enregistré dans la liste des clients, on pourra alors accéder au catalogue de jeu disponibles.

Ces jeux ne seront pas gratuits, il faudra les acheter pour pouvoir y jouer. Comme chez n’importe quel diffuseur type Steam, GoG, Humble ou Epic. La grosse et primordiale différence, c’est qu’il ne sera pas nécessaire de télécharger ces contenus avant de pouvoir y jouer.

Google veut un schéma le plus fluide possible entre l’envie de jouer et le jeu et dans la pratique, si vous êtes abonné au service cela peut aller très vite.

Manette Google Stadia

Vous regardez une vidéo Youtube concernant un jeu qui vient de sortir. A la fin de la vidéo, un lien spécifique apparaît vous invitant à vous rendre sur votre interface Google Stadia. Vous cliquez dessus et vous payez votre jeu. Vous pourrez alors y jouer au bout de quelques instants au lieu d’avoir à télécharger la totalité des données au préalable.

On parle quand même de jeux faisant souvent plusieurs dizaines de gigaoctets de données d’un côté et de machines ayant tendance à réduire la voilure en terme de stockage pour choisir des SSD de l’autre. Cette situation est donc avantageuse pour de nombreux profils, c’est même un argument de poids pour les petites connexions puisque le format leur évitera des jours d’attente en téléchargement pour profiter d’un jeu.

Cela veut dire également qu’une fois le jeu acheté vous pourrez y jouer sur différentes plateformes immédiatement : PC, téléviseur via une Chromecast Ultra, smartphone, ordinateur portable sous Windows, MacOS ou ChromeOS ou même tablette…

Manette Google Stadia

Google a fait ses courses auprès des studios les plus connus pour proposer un catalogue de jeux alléchants. Une première liste est apparue avec des titres très récents :

  • Baldur’s Gates III
  • Ghost Recon Breakpoint
  • Assassin’s Creed Odyssey
  • The Division 2
  • Gylt
  • Destiny 2
  • Doom
  • Mortal Kombat 11
  • Borderland 3
  • ...

C’est un autre point clé de l’offre puisque Google ne permet pas un Pass pour jouer gratuitement mais juste un autre moyen de jouer.

Les studios n’ont aucune raison de ne pas céder aux avances du système, au contraire. C’est pour eux un moyen de se débrider.

Les studios n’auront plus à se limiter sur l’espace occupé par leurs jeux sur cette plateforme. Comme ils seront pré-chargés sur le serveur, ils pourront ajouter des cinématiques supplémentaires et pourquoi pas imaginer des versions “Google Stadia”.

Les DLC seront disponibles immédiatement pour les joueurs et les packs contenant le titre de base et l’ensemble des ajouts supplémentaires seront à la portée d’un clic.

Manette Google Stadia

Tout rose l’avenir de Google Stadia ?

Il y a quand même quelques détails que Google va devoir régler et le premier est celui d’un débit suffisant pour ses clients.

Pour le moment, on peut voir fleurir sur les réseaux de nombreuses remarques satisfaites d’internautes affichant le résultat de leur test de débit réalisé sur le site.

Je vois pourtant pas mal de problèmes dans ce test. D’abord il est réalisé sur une trentaine de secondes, à un moment où le service n’est pas lancé et en dehors de tout autre usage.

Manette Google Stadia

Le scénario réel sera lié à un partage de connexion internet classique, c’est à dire plusieurs utilisateurs en parallèle sur la même connexion.

Et le test de Google est très clair sur ce souci, il indique lui même le scénario idéal en demandant d’arrêter les téléchargements et le streaming du même réseau.

La personne habitant seule dans un appartement fibré n’aura aucun souci à priori avec son débit mais il suffit de pas grand chose pour que l’expérience de jeu change radicalement. Maintenir le nombre de mégaoctets de débit par seconde nécessaires pour de l’UltraHD ou du FullHD en jeu ne sera pas de tout repos si vous partagez votre connexion.

Un autre utilisateur qui veut regarder une vidéo en streaming, une session de surf dans la chambre à côté, de la TV via une Box d’opérateur, une mise à jour d’un ordinateur ou d’un smartphone et votre débit n’aura plus vraiment fière allure.

Le mélange de plusieurs de ces éléments donnera un résultat surement très différent de l’expérience d’un test sur 30 secondes. Ceux qui ont joué en ligne à l’ère pré-ADSL, quand on se connectait en coupant la ligne téléphonique, comprendront aisément de quoi je veux parler.

Le moindre autre usage de la ligne impactera immédiatement votre expérience de jeu.

Deuxième souci et pas le moindre, le coût de la bande passante demandée par Google Stadia pour les opérateurs.

On se souvient du bras de fer entre Free et Youtube en 2012, les débits de l’opérateur sur le streaming de Free ont pendant longtemps été médiocres. Ce n’était rien en comparaison avec ce que va imposer aux opérateurs l’arrivée de Google Stadia.

Manette Google Stadia

A la différence d’une vidéo qui peut être mise en mémoire tampon, qui peut même se figer quelques instants avant de reprendre sans trop vous affecter1, le jeu en ligne ne supporte aucun ralentissement. Un quart de seconde qui se fige et vous êtes mort dans la plupart des jeux d’action.

Un moment de ralentissement et vous ratez un événement important dans un jeu de stratégie. A la différence du streaming vidéo, l’instantanéité fait partie intégrante du jeu et si votre connexion se dégrade votre jeu se dégrade. Les fournisseurs d’accès vont donc se retrouver à gérer des pics de connexion gigantesques à partir de certaines heures.

Le retour de l’école par exemple, quand collégiens et lycéens débarqueront vers 17 heures pour jouer en ligne, sera un pic ahurissant en terme de débit.

Je ne suis pas sur que les opérateurs voient d’un très bon oeil l’impact que cela aura sur leurs infrastructures d’autant que ce débit monstrueux ne sera compensé par aucune rentrée d’argent.

Les FAI ne sont que les porteurs de données dans l’équation, ils ne sont pas dans la boucle de la transaction financière. Je ne doute pas un instant que ces derniers impactent d’une manière ou d’une autre le débit vers ce service.

Les utilisateurs les plus impactés seront clairement les utilisateurs payants, ceux qui débourseront 9.90€ par mois pour accéder à l’UltraHD.

Avec une configuration optimale de 30 à 35 Mo/s à assurer pendant des heures de jeu, leur consommation en débit va devenir monstrueuse.

Manette Google Stadia

Avec Google Stadia vous n’êtes plus propriétaire du jeu, vous le louez.

Autre questionnement, la question de la propriété du jeu. Lorsque vous achèterez un titre à 40, 50, 60 euros ou plus sur Stadia, vous n’aurez, à priori, que l’accès à ce jeu et non pas la propriété de celui-ci.

Google indique que si vous achetez un jeu avec un prix préférentiel grâce à un abonnement Stadia Pro et que vous vous désengagez de l’offre payante, vous pourrez continuer à jouer au titre grâce à Stadia Basic.

Une manière de dire que vous aurez toujours un accès au jeu mais jamais la propriété de celui-ci. Uniquement un accès vers le service. Si vous déménagez vers un lieu qui n’est pas couvert par la fibre mais uniquement par un ADSL peu performant, vous pourrez être propriétaire d’un catalogue de liens vers des titres totalement injouables depuis chez vous.

Si Google ferme son service à l’international ou dans un pays, vous perdrez la totalité de ce catalogue.

Manette Google Stadia

Evidemment, pour les éditeurs cela à de gros avantages, à commencer par créer un gros rempart contre le piratage. Avec ce type de service, les éditeurs peuvent créer des contenus exclusifs pour encourager le service.

Ils évitent tous les intermédiaires – sauf Google- pour la distribution du jeu. Le retour sur investissement est donc bien meilleur, ce qui pourra les encourager à baisser leurs tarifs plus facilement.

Le service leur assurera sans aucun doute un retour de données statistiques des plus précis. Les éditeurs sauront tout de leurs clients, leur âge, leur sexe, leur niveau d’études, leurs dépenses mensuelles en terme de loisir et leurs jeux préférés.

Ils pourront sans doute extraire des habitudes de jeux les passages qu’ils préfèrent dans un scénario, les jeux les plus rejoués, les attentes de ce public. On peut compter également sur Google pour proposer des moyens efficaces pour remonter des données nouvelles liées exclusivement au format jeu.

Cela permettra au studio de cibler très précisément chaque compte. Si vous avez joué à Fifa l’année précédente, Google Stadia proposera à EA de vous mettre sous le nez une pub pour un Fifa de cette année. De vous vendre vos joueurs préférés, de vous proposer votre équipe de foot préférée et même d’imaginer des interactions qui correspondront au Mercato des joueurs en temps réel sur l’année.

Manette Google Stadia

Faut t-il se jeter sur la Founder’s Edition ?

Google annonce qu’une première salve d’utilisateurs pourra bénéficier du service en exclusivité avec un pack Stadia Pro intégré dans une offre “Founder’s Edition”.

Il s’agit d’un abonnement comprenant 3 mois d’abonnement au service livrés avec une manette Stadia et une Chromecast Ultra pour faire l’interface entre votre écran et le service.

On branche la Chromecast à son téléviseur de salon, on se connecte à Stadia Pro et on joue directement avec la manette. Les performances de la clé de Google ouvriront la possibilité de jouer en UltraHD en son Surround 5.1 sans soucis…

Du moment que votre Wifi le permet. Ce pack à 129€ promet donc beaucoup de choses mais nul ne sait pour le moment comment il fonctionnera dans notre pays.

La Chromecast Ultra se négocie à 79.99€ d’habitude, ce qui monte le prix de la manette Stadia à finalement très peu si on considère les trois mois d’abonnement à 9.90€ compris dans le pack.

Reste qu’on ne sait absolument rien de son ergonomie pour le moment et que pour beaucoup d’utilisateurs, il sera sans doute préférable d’essayer d’abord le service en conditions réelles avec un PC, un abonnement basique gratuit et une manette. Google mettra surement à disposition des jeux pour pouvoir prendre en main son service.

Manette Google Stadia

Stadia Vs PC local ?

Google Stadia est une nouvelle tentative de jeu en streaming.

Elle entre en concurrence avec d’autres dont Shadow qui va avoir bien du mal à exister face à cette offre même si son service est différent. J’imagine que la marque française aura toujours son public mais peut être une orientation plus pro à l’avenir.

Google entre aussi en concurrence frontale avec Nvidia et son GeForce Now. Service toujours en bêta, toujours gratuit mais qui s’appuie sur un catalogue indépendant de la plate forme. Lorsque vous achetez un jeu sur Steam, vous pouvez y jouer sur GeForce Now. vous pouvez également télécharger le jeu sur votre PC et jouer indépendamment de tout service.

Avec ce service, le public visé est celui d’un joueur classique, celui qui ne s’offre finalement que quelques titres par an et pour qui l’investissement dans un PC capable de tenir le rythme imposé par les éditeurs en terme de matériel est trop élevé.

Racheter une carte graphique tous les deux ans, mettre les mains dans le cambouis de son PC ou carrément remplacer son ordinateur portable n’est pas le rêve de tous les utilisateurs.

De nombreux joueurs seront sans doute ravis de l’existence de ce type d’offre qui leur permettra de jouer sans se casser la tête ni subir les contraintes d’un PC de jeu.

Manette Google Stadia
La bande son originale de l’excellent Dead Cells vendue en vinyl

Cela dit, l’offre ne tue absolument pas le marché classique du jeu PC. Les collectionneurs seront toujours avides de posséder une boite de jeu bien réalisée ou de pouvoir jouer sans dépendre d’un service tiers.

Les joueurs les plus acharnés ne supporteront sans doute jamais l’épée de Damoclès d’un bug de connexion, aussi infime soit t-il, dans leurs parties en ligne.

Ils supportent déjà assez mal les petits ralentissements que subissent régulièrement les connexions les plus stables dans des échanges de données pourtant minimes.

Google se positionne ici de manière forte pour être le plus visible possible sur ce marché.

Quitte à y laisser des plumes financières pendant quelques années. A terme, le système devrait marcher sur la majorité des écrans connectés : Téléviseurs, smartphones, PC, tablettes. Le gros avantage de la manette Stadia est d’ailleurs dans le support d’une connexion Wifi directe.

Pas besoin de la reconnecter en permanence à un nouvel appareil. Si vous quittez le salon et la Chromecast pour jouer une nouvelle partie dans votre bureau sur votre PC, la manette n’aura pas besoin d’être à nouveau appairée.

La force de Google Stadia, c’est sa simplicité. Une force qui rime souvent avec un certain manque de liberté.